As I watched the clouds float by, the night came

Pendant que je regardais les nuages dériver, la nuit est venue.

«Ça n’a jamais été bien de raccommoder des vêtements.
Jetez-les quand ils ont des trous et achetez-en de neufs. Raccommoder, c’est antisocial.»
Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

Ce projet prend comme point de départ la notion d’obsolescence, pour examiner les changements que connaît notre monde depuis la révolution industrielle, et en tirer la matière pour écrire un spectacle qui mêle le corps en mouvement et des technologies nouvelles ou obsolètes.

Le dictionnaire Trésor donne pour définition d’obsolète : « qui n’est plus en usage; tombé en désuétude » ; et pour obsolescence : « diminution de la valeur d’usage d’un bien de production due non à l’usure matérielle, mais au progrès technique ou à l’apparition de produits nouveaux ». Ce qui est obsolète a eu une valeur, d’usage, marchande, esthétique, de sens, et l’a perdue, soit par usure, soit par changement de critères d’évaluation.

Nous jetons les vêtements démodés, les appareils que nous n’arrivons plus à faire fonctionner parce qu’ils sont fragiles ou non-réparables, nous faisons la mise à jour des parties de nos corps qui nous dégoûtent avec les chirurgies plastiques, nous optimisons les relations amoureuses avec les sites de rencontre. Des employé(e)s sont remplacés par des machines, caissièr(e)s des supermarchés, magasinier(ère)s de la vente en ligne. Les transhumanistes fantasment sur un corps-outil dont il faut améliorer les performances, et sur le téléchargement de l’esprit dans la machine.  L’obsolescence n’est pas seulement un mot associé aux objets matériels, électroniques ou non: il s’applique aussi aux humains. Et à leur environnement.

L’obsolescence est la face cachée du progrès économique et technique, un de ses principaux mécanismes, un outil pour comprendre le paradoxe et la finitude de ce que notre société entend par « progrès », et rêve comme son infini. Un jour, la croissance elle-même sera obsolète. En attendant ce jour, c’est le monde qui le devient de plus en plus. Le progrès génère de plus en plus d’obsolètes. Certains disparaissent ou sont recyclés, d’autres s’accumulent en masse.

Photographie Olivier Naudin

Une étape de ce travail a été présentée au Lieu Multiple le 16 juin 2017.