Pendant que je regardais les nuages dériver, la nuit est venue

As I watched the clouds float by, the night came.

photo Olivier Naudin

«Ça n’a jamais été bien de raccommoder des vêtements.
Jetez-les quand ils ont des trous et achetez-en de neufs[…]. Raccommoder, c’est antisocial.»
Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

La création de ce spectacle provient d’une envie de parler de l’impact écologique de nos modes de vie. C’est notre façon d’analyser si nous sommes vraiment impliqués pour changer le monde ou si nous nous laissons porter par l’inertie de nos habitudes. Est-ce que nous avons besoin de tout ce que nous consommons ? Où finissent nos ordures ? Avons-nous plus de droits sur la planète et ses ressources que toute autre forme de vie ? À nos yeux, l’écologie, un mot a la fois obscène pour certains et synonyme de nouveau business model pour d’autres, est aujourd’hui essentiel. Vu que nous sommes probablement rentrés dans l’Anthropocene, la nouvelle époque géologique fabriquée par l’homme qui a changé la vie sur la planète Terre pour toujours, c’est à nous de créer de nouvelles façons de vivre avant d’être dépassés par ce changement.

Ce qui nous intéresse avec ce travail, c’est de représenter le rapport de l’homme avec l’environnement (qu’il croit inépuisable); l’obsolescence du corps et le remplacement du vieux par le nouveau ; et aussi l’innovation présentée comme seule source d’espoir dans un monde qui s’effondre. Pour nous, l’obsolescence est un outil pour comprendre le paradoxe du développement, qui se matérialise entre la finitude et le rêve de l’infini. L’Obsolescence de l’Homme de Günther Anders sera le point de départ d’un voyage qui nous emmènera vers une vision de notre planète dans un avenir pas si lointain.

Pendant que je regardais les nuages dériver, la nuit est venue sera un spectacle poétique, sombre et à l’humour décalé, où un Minitel parlant sera un des derniers témoins de l’existence de l’humanité. Le développement de la technologie, toujours considéré comme essentiel pour garantir la continuité de notre espèce, aura échoué. Les présences fantasmagoriques d’un paresseux domestiqué et d’une femme à la recherche de l’Amazonie perdue joueront avec des signes de l’Anthropocène. Nous inviterons le spectateur à entrer dans un univers où métaphores visuelles et dispositifs multimédia montreront sous un angle inattendu l’impact des problématiques contemporaines sur le destin de l’humanité.

Nous jouerons avec cette tendance humaine à croire que ce qui ne se voit pas n’existe pas, à continuer à regarder les nuages jusqu’au moment où la nuit sera venue.

 

Des étapes de ce travail ont été présentées au Lieu Multiple en juin 2017, et à Anis Gras en février 2018.